Voici un texte très complet et intéressant de Yves Ménard sur le site
http://www.revue-solaris.com . Il explique ce qu'il ne faut pas faire dans l'écriture...
http://www.revue-solaris.com/special/cnpedh.htmQuelques extraits :
MystèreLes textes de fantastique sont souvent profondément mystérieux: un personnage énigmatique dont on ne saura jamais même le nom pose des gestes incompréhensibles dans un but obscur. À la fin, sans qu'on sache comment ni pourquoi, le protagoniste (passif) meurt... Si le péché cardinal des textes de SFF est généralement de tout miser sur l'idée, ici c'est l'atmosphère qui doit tout supporter, puisque les personnages sont aussi incompréhensibles que l'intrigue et que l'idée se masque derrière un écran de fumée. Il est possible de réussir un texte du genre, mais c'est difficile.
Je ne suis pas en train de dire que tout doit être expliqué; un texte peut toujours garder une part de mystère. Mais quand rien n'est expliqué, le lecteur risque de déchanter en se rendant compte que l'auteur est allé au plus facile. Ce n'est pas particulièrement ardu de mettre en scène des personnages et des agissements mystérieux; ce qui est difficile, c'est de les justifier de manière satisfaisante. En particulier, quand un texte pose une question centrale, refuser d'y répondre est une quasi-garantie d'échec. Ainsi, si votre histoire débute par la mort mystérieuse d'une jeune femme vidée de son sang mais ne portant aucune blessure, le lecteur s'attendra tout du long à apprendre pourquoi et comment cela s'est produit. Plus vous refusez de répondre et plus on est en droit de penser que ce mystère est un pivot central du texte. Si votre histoire se termine sans avoir répondu à la question, vous allez frustrer votre lectorat.
PersévéranceQualité qui fait souvent la différence entre un vrai écrivain et un faux. 75% des gens à qui j'avais refusé un texte soumis à Solaris durant mon mandat de directeur littéraire n'ont jamais rien soumis d'autre, même quand je leur avais dit que j'étais très intéressé à lire un autre texte de leur plume!
Vous pouvez toujours supposer que j'écrivais des critiques à ce point blessantes que je décourageais les pauvres auteurs au coeur tendre. Il est certain que vers la fin de mon mandat j'ai cessé d'écrire des réponses aussi détaillées qu'avant, car je m'étais rendu compte que je perdais généralement mon temps. Si vous avez eu une idée pour écrire un texte, un seul, et que vous n'aurez jamais rien d'autre à dire, vous ne ferez sans doute pas carrière en littérature (mais dans ce cas, vous n'êtes sans doute pas en train de lire ce guide).
Là où c'est plus triste, c'est si vous êtes du genre à abandonner au premier refus. Rares sont les auteurs qui publient tout ce qu'ils écrivent. Beaucoup d'auteurs célèbres ont écrit des textes impubliables pendant longtemps avant d'acquérir assez de métier pour frapper la cible régulièrement. Il se peut que vous n'ayez aucun talent et qu'abandonner l'écriture soit la décision la plus sage dans votre cas. Mais avant d'en arriver là, donnez-vous une chance; soumettez plusieurs textes, à des marchés différents. Et en particulier, si un directeur littéraire vous donne des commentaires sur votre texte, lisez-les. Peut-être qu'il se trompe, qu'il n'a rien compris à votre génie, ou qu'il vous demande l'impossible; mais peut-être aussi que si vous mettez ses conseils en pratique dans votre prochaine soumission, vous recevrez une réponse positive!
Personne de narrationBeaucoup d'auteurs débutants écrivent automatiquement à la première personne, même quand le choix se justifie mal. En effet, si un texte est raconté au je, cela veut dire que d'une façon ou d'une autre le narrateur s'adresse à quelqu'un. Même si de nos jours il n'est plus de mise de s'efforcer de justifier rigoureusement la narration («J'écris d'une main tremblante ces mots sur le papier, espérant qu'un jour quelqu'un les lira...») il reste que si votre narrateur trépasse à la fin du texte, on se demande comment il fait pour nous raconter son histoire... Et on peut toujours se demander pourquoi et pour qui il la raconte.
Dans un texte à la première personne, le point de vue ne peut pas se permettre de changer: le narrateur n'a pas le pouvoir de ressentir les événements à travers la conscience de quelqu'un d'autre (enfin, en SFF c'est possible, mais ce ne sera normalement pas le cas). La narration est de ce fait plus compliquée à réussir, parce que l'auteur ne peut pas faire passer tout ce que lui sait mais que son narrateur peut ne pas savoir.
La narration au je jette aussi un doute sur la fiabilité du narrateur: il peut très bien être en train de mentir. On accepte généralement que le narrateur est fiable; mais il n'est pas possible de le garantir, ce qui est gênant pour certains textes de fantastique, quand il s'agit de prouver que telle ou telle chose était bien réelle.
Finalement, la narration à la première personne rend toute forme de fioriture narrative douteuse. Si c'est quelqu'un qui raconte son histoire, il n'a aucune raison de ne pas en venir aux faits importants tout de suite, aucune raison de faire durer un suspense; bref, plusieurs techniques de narration deviennent hors d'ordre.
Je ne vois aucune raison de choisir par défaut la première personne pour raconter une histoire; au contraire, une narration à la troisième personne vous libère de tout un ensemble de contraintes pénibles et vous donne accès à un plus vaste choix de techniques de narration.
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